Garde à nous

L’information du renouvellement de ma souscription à WordPress tombe. Douloureuse la note pour une maigre utilisation.

Pourquoi l’avais-je ouverte cette page déjà ? Ah oui sortir de la spirale de l’immédiate de twitter, développer un message plus lent, plus apaisé.

De quoi je pourrais parler pendant que le président élabore des plans dans notre dos. De la dégradation des conditions de travail à l’hôpital où les agents qui tombent ne sont pas remplacés, des fermetures de lits, je vais encore me faire taper sur les doigts.

Des files d’attente des patientes anorexiques qui n’en finissent pas d’enfler, pourtant pas de dysmorphophobie chez moi, des durées de travail interminables pour écluser ces mails en attente de traitement qui se remplissent tel un danaïde 2.0 pendant qu’on voit le énième RDV urgent surajouté ?

Non, on va faire dans le positif.

Y’a pas que les chemises colorées dans la vie

Déjà garder un oeil fier sur tout ce qui se passe de bien dans son service, les soins réalisés, les familles et patients remerciant, malgré un délai de renouvellement de RDV standard à 3-4 mois.

Penser aux collègues avec qui on a plaisir de travailler, pour leur dévouement, leur compétence, de se serrer les coudes dans un moment difficile, qui pourrait bien durer jusqu’à la fin de notre carrière. Leur envoyer des mots sympas quand ils sont tombés sur le champ de l’épuisement professionnel.


Préserver les créneaux pour se restaurer, prendre le temps de partager, de réfléchir aux prises en charge, de questionner ses ressentis, ses pratiques, sans culpabiliser de devoir refuser ou annuler les 2 autres réunions qui pointaient au même moment.

Se féliciter de répondre poliment lorsque qu’on se fait agresser pour les délais de réponse de courrier de consultation d’hospitalisation jugés trop longs. Et en plus ils ont raison…


S’octroyer un ou plusieurs créneau d’activité physique dans la semaine car les recommandations passent toujours mieux auprès des patients quand on peut se les appliquer soi-même.


Vous l’aurez compris je suis pessimiste de nature, mais ce travail d’écriture permet d’éclaircir la noirceur, ça Soulages (écrit le jour du décès du maître de l’outre noir). Mais désormais c’est aussi un constat, le système de santé est à bout de souffle, alors chers collègues prenons soin de nous, personne le ne fera à notre place et chers patients prenez garde à nous.

Tribune du monde : Journée mondiale TCA

« La situation est critique pour les patients souffrant de troubles des conduites alimentaires comme pour leurs soignants »

Délais pour accéder à des soins adaptés en hausse, dégradation des conditions de prise en charge… A l’occasion de la Journée mondiale des troubles des conduites alimentaires, ce 2 juin, des professionnels de santé, patients et familles lancent un cri d’alarme. 

Le 02 juin 2022 – Le Monde

Vous les connaissez sous le nom d’anorexie mentale, de boulimie ou d’hyperphagie boulimique. Les troubles des conduites alimentaires (TCA) sont fréquents : 19,4 % des femmes et 13,8 % des hommes, avec un pronostic sévère et trop souvent mortel. Leurs répercussions psychologiques, physiques et sociales sont graves. Les diagnostics et prises en charge sont trop tardifs, car ils sont trop peu connus. Leur repérage précoce, associé à des soins pluridisciplinaires adaptés, permet pourtant d’en guérir ou d’en améliorer considérablement l’évolution.

Pour ces raisons, la Journée mondiale des TCA a lieu tous les ans, le 2 juin, afin de sensibiliser le public, les professionnels de santé et les pouvoirs publics à la lutte contre ce fléau. L’édition 2022, menée en France avec le soutien de la direction générale de la santé, survient dans un contexte sans précédent : la pandémie de Covid-19 a favorisé le développement de TCA et aggravé ceux préexistants, engendrant une explosion de la demande de soins et l’impossibilité pour les structures spécialisées d’y répondre.

Les TCA associent des pensées envahissantes concernant l’alimentation et le poids, des conduites de restriction ou d’excès alimentaires, qui empoisonnent la vie des sujets. Ils touchent tous les âges, évoluent sur des mois, voire des années. Souvent, ils sont cachés par ceux qui en souffrent, par honte ou culpabilité. Les repas étant au centre de la vie quotidienne et servant de support aux relations sociales, la survenue d’un TCA bouleverse toute la famille. Le rôle des proches, des parents, est crucial pour les soins et le soutien quotidien. Indispensables dans le parcours de rétablissement, ils sont accompagnés par les professionnels de santé, en lien avec les associations de familles et d’usagers.

Insuffisances structurelles

Depuis 2005, la Fédération française Anorexie Boulimie (FFAB), association de professionnels de santé, et la Fédération nationale des associations liées aux TCA (FNA-TCA), association d’usagers et de familles, agissent conjointement pour le développement d’une filière de soins spécialisés de qualité, dimensionnée aux besoins de la population. Elles alertent constamment sur la situation très préoccupante en France, plus encore depuis l’aggravation causée par la crise sanitaire.

La situation critique actuelle a été mise en lumière par une enquête nationale : les services sont saturés, les situations d’urgence vitale qui ne trouvent pas de solution d’hospitalisation se multiplient, révélant dramatiquement les insuffisancesstructurelles de la filière de soins pour les TCA.

« La situation conduit les patients à être mal soignés, et les soignants au burn-out »

En conséquence, les délais pour accéder aux soins augmentent, et ces derniers diminuent en durée ou en intensité pour essayer de prendre en charge plus de personnes. Face à cette situation dramatique, les professionnels de la FFAB et les usagers de la FNA-TCA souhaitent interpeller les pouvoirs publics. Les patients et les familles souffrent cruellement d’un manque de soins. Les professionnels de santé sont épuisés, contraints de donner des soins de qualité dégradée et soumis à l’impossibilité de répondre à toutes les personnes en ayant besoin. A qui doivent-ils donner la priorité ? Qui doit sortir de l’hôpital trop tôt ? Qui ne doit pas être pris en charge ? Comment accepter que de jeunes adultes se voient proposer des soins palliatifs et un accompagnement vers la mort alors qu’on pourrait les soigner ? L’équation est insoluble et conduit les patients à être mal soignés, et les soignants au burn-out. C’est de cette réalité que nous souhaitons témoigner.

Les soins adaptés, tels que Recommandé par la HAS, font défaut par manque de formation et de structures spécialisées. Les solutions existent, mais il faut une volonté politique et des moyens pour les mettre en œuvre. La FFAB, soutenue par la FNA-TCA, reste un moteur extraordinaire du développement de la filière. Ces associations ont permis de conduire nombre d’actions en partenariat et avec le soutien de la direction générale de la santé, de la direction générale de l’offre de soins et de la Haute Autorité de santé.

Bien que très investies, nos associations disposent de trop peu de moyens. Leurs actions reposent sur le temps de bénévoles et ne peuvent pas répondre, seules, aux besoins de la population sans un soutien institutionnel plus important. Comme lors de la crise sanitaire, où la mobilisation a permis d’augmenter les financements et les capacités de soins, nous devons pouvoir trouver des moyens pour prendre en charge les personnes en souffrance affectées par des TCA. Leur avenir dépend de la mise en place de soins précoces et adaptés, et donc d’une action d’envergure financée par l’Etat. Les efforts des pouvoirs publics doivent être poursuivis et renforcés, afin de permettre un maillage territorial suffisant de structures spécialisées.

Nous, professionnels, usagers et familles, voulons lancer un cri d’alarme face à cette situation et témoigner de notre colère face aux pertes de chance dont sont victimes des personnes qui devraient bénéficier de soins adaptés. Nous avons besoin de votre relais : portez nos revendications auprès des instances politiques !

Fédération française Anorexie Boulimie @ffab

Fédération Nationale des Associations liés aux Troubles des Conduites Alimentaires. @FNATCA

« Le Covid-19 est trop propice à la sinistrose pour ne pas s’autoriser la part d’évasion permise par les mondes numériques »

Tribune publiée dans le journal Le Monde le 13 mars 2021

Alors que l’on hésite sur la gestion de l’actuelle pandémie, le débat sur l’utilisation des écrans continue. L’Organisation mondiale de la santé (OMS), en intégrant en 2018 à sa classification internationale des maladies un « trouble de l’usage » du jeu vidéo semblait adopter une position méfiante face à ce média moderne, puis dans le contexte du confinement, elle a promu leur usage, notamment pour faire du sport ou gérer son stress.

Le Covid-19 étant « socialement transmissible », les gestes barrières ont modifié nos relations, au risque de les assécher avec des « mises à distance physique », écrans et espace virtuel se sont alors installés comme un espace relationnel, de complément ou de substitution.

Ces apparentes contradictions invitent à faire la part des écrans, comme l’humain a su faire la part du feu, en regardant les trois composantes de l’équation des usages et de leurs risques :

– Le contexte social : souvent oublié, car n’intégrant pas les standards de la science expérimentale. Il est difficile de randomiser en double aveugle nos évolutions sociales, politiques et technologiques. Et pourtant, pour appréhender le phénomène d’usage d’écran, nous devons le replacer dans le cadre des mutations de nos modes de vies et environnements.

Pour nous, qui recevons ces ados ou adultes en consultation, l’usage répond d’abord à une attente. Il a une fonction dans l’actualité de la personne qui nécessite de prendre en compte l’actuelle succession de crises : crise sanitaire, provoquée par un invisible virus qui n’en finit pas d’infecter nos loisirs et nos relations.

Crise climatique, avec ces cartes effaçant du paysage lieux et rivages pourtant si familiers. Crise économique, qui complique l’autonomisation sociale. Elles s’ajoutent aux crises plus traditionnelles, celle de l’adolescence, des familles ou induites par des événements de vie. A l’approche de l’an 2000, les craintes millénaristes amusaient, aujourd’hui, il faut y répondre.

Le télétravail évite de longs et coûteux trajets et la promiscuité des transports en commun ; réseaux sociaux et jeu vidéo pallient nos solitudes et nos manques de rencontres. D’autres bénéfices illustrent le cynisme de notre société de l’excès et de l’intense.

Pendant ce même confinement, certains acteurs, au nom de l’opportunité financière, ont accentué les logiques de consommation par des campagnes médiatiques proposant sans limites alcool, paris sportifs ou consoles de jeu, majorant les risques d’excès contextuels.

– L’objet et ses caractéristiques : les recherches nous font osciller entre amélioration des performances ou dégradations du cerveau, du sommeil, de la vue ; entre captation de l’attention, attention diversifiée et troubles du comportement. Les vidéos des robots de Boston Dynamics nous plongent autant dans l’émerveillement de la SF que dans la crainte d’un retournement de ces technologies contre nous.

Oui, au temps du Covid-19, la numérisation du lien s’est révélée une aide. Oui, les gamers se sont particulièrement bien adaptés au confinement, établissant rapidement et à distance un contact audio et visuel là où d’autres s’empêtraient dans les logiciels de vidéoconférences. Et oui, l’enseignement à distance a prouvé sa faisabilité globale.

Mais le souligner ne doit pas masquer les problèmes, tel le joueur enfermé dans un jeu, immobile dans le monde physique face à une fenêtre grande ouverte sur le monde numérique. Citons ce plaisir du flow, cette euphorie du succès qui facilite des apprentissages, que notre collègue Séverine Erhel (psychologie cognitive) étudie, mais qui pourrait contribuer à trop faire durer l’expérience du jeu. L’écran et le jeu vidéo n’échappent pas au statut de pharmakon, familier de l’addictologie, solution autant que problème.

– L’individu, ses vulnérabilités et ressources : la multiplication des violences intrafamiliales, les tensions nées des cohabitations forcées, ou de la suspension des alternatives sociales et ludiques s’ajoutent aux vulnérabilités génétiques, aux inégalités sociales de santé, aux traumatismes psychiques qui font le lit des formes les plus complexes des maladies mentales et de la maladie addictive.

Chez les adolescents et jeunes adultes, à la différence des problématiques alimentaires (anorexie et boulimie) en très nette progression, les patients présentant des sur-utilisations de jeux vidéo se font actuellement plus discrets dans les consultations. Notre inquiétude est d’observer ce qui se passera lorsqu’il s’agira pour ces individus adaptés au confinement de ressortir du double cocon du domicile et du monde numérique.

La question « des indices de protection » face au risque d’écran total recoupe alors quatre enjeux :

– Construire un discours cohérent bénéfices/risques, décliné dans les différents supports des campagnes grand public et développer des journées ou semaines sans écran, ces expériences introspectives éclairant nos fonctionnements individuels et collectifs, tel le Dry January pour l’alcool.

– Réguler les usages, en définissant interdits et limites (conduite automobile et usage de téléphone ; présence ou non d’écrans publicitaires animés dans l’espace urbain). Plus spécifiquement, réguler l’utilisation des lootboxes (« boîtes à butins ») ou les risques de certains réseaux sociaux, dans un dialogue sans autre lien d’intérêt que la santé, pose la question de la responsabilité des industriels dans la réduction des risques, qu’interroge C. Ben Lakhdar et que garantit l’Autorité nationale des jeux pour les jeux de hasard et d’argent.

– Promouvoir la réponse éducative, cette parentalité numérique qui incombe à la famille et aux éducateurs, confrontés au sentiment que ces objets « virtuels » n’aident pas à définir leurs limites. Débat que l’on connaît aussi dans la rencontre des aliments, de l’alcool ou de risques liés aux différents moyens de transport.

– Garantir et faciliter un accès précoce à l’aide thérapeutique, à la hauteur de l’actuel accès à ces nouveaux objets, la réponse éducative ne pouvant toujours suffire. L’approche graduée et multifocale déployée dans l’accompagnement des différents stades de la problématique addictive s’y révèle souvent adaptée.

Agir ainsi éviterait de se perdre dans la dénonciation de la modernité ou dans l’éloge de l’homme nouveau dont elle accoucherait. La période actuelle est trop propice à la sinistrose pour ne pas s’autoriser à saisir la part d’évasion permise par les mondes numériques. Peut-être est-ce dans cet équilibre qu’il faut trouver la clé de l’apparente contradiction de l’OMS, rejoignant pragmatiquement celles de bien des familles.


Jean-Pierre Couteron est psychologue au Centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA) et Consultations Jeune consommateurs (CJC) « Trait d’union-Oppelia » à Boulogne-Billancourt. Il est coauteur de L’Aide-mémoire d’addictologie (Dunod, 2019).

Bruno Rocher est psychiatre addictologue CHU de Nantes et coauteur Mon enfant est-il accro aux jeux vidéo (John Libbey, 2020).

VAGALAM®

@MaitreEtTalon

Alprazolam, Diazepam, Clonazepam, vous me mettrez aussi du Vagalam, c’est celui qui lisse le mieux mes angoisses en ce moment.

Le Vagalam c’est le traitement qui m’aide à digérer les pensées qui me jettent sur le canapé à 5h du mat, les yeux ouverts, la nuit finie, l’esprit déjà chargé des patients de la veille. 

Les vagues de COVID ont déposé dans nos cabinets de psy, dans nos hôpitaux des patients dont la fièvre n’est pas redescendue. Nous avons vu revenir les vieux marins, habitués à s’amarrer au port les temps d’un orage, mais le gros de l’équipage est fait de jeunes mouss débordés par l’angoisse d’une mort qui rode, lessivés par les remous des adaptations incessantes des règles de vie, des modes de travail, asséchés des relations qui les maintenaient à flots.

Le Vagalam, c’est le remède qui me permet de transformer la sombre impression de naufrage du système de soin en l’image d’un bateau qui risque de sombrer dans la tempête. Vous noterez que ces deux options nous conduisent à couler. C’est pas faux, le capitaine devant plus garder le cap que le moral, je vous emmène sur la vigie et partageons la vue de la tempête dans laquelle la psy baigne et qui noie mon optimise.

A tribord, toute proche la masse terrible d’un hôpital plein, qui déborde de patients, qui parfois retournent à l’eau sans avoir pu se restaurer assez. Cette île est amarrée à des passerelles de consultations s’étendant à perte de vue, à perte de temps. Certains patients tentent de se jeter à l’eau pour atteindre plus vite l’hôpital. D’ailleurs c’est bien rarement de l’eau pure et salvatrice mais bien souvent un mélange vite fait d’alcool, de drogues et de cachets. Certains se noient.

La plupart échoué au sas de garde. Le médecin PH s’est mué en Cerbere gardant l’entrée de l’HP. Inversion de lettre, inversion de rôle. La priorité est de trier, d’éviter qu’un nouveau patient ne rentre. Gardien de portes closes et surtout de services pleins. Dur de soigner la tête et les missions à l’envers, même pour un psychiatre. Le stress de la garde sans un seul lit dans le département, même pas un brancard qui traine ou une arrière chambre, ce doux moment privilégié où médicaux et administratifs se rejoignent dans le froid de l’impasse.

A bâbord, un équipage lessivé, épongeant le gel des budgets avec 3 masques et 2 casaques. Autour le flot des souffrances qui battent en brèche un édifice exigu, vétuste et poreux.

De nombreux professionnels ont déjà embarqué la larme à l’œil sur les chaloupes pour une tentative de repos ou pour le grand départ. On ne leur reprochera surement pas, surtout que la sirène a si souvent sonné. L’alarme n’a eu de cesse de hurler pour alerter sur la dégradation de la flotte de soin qui avait pourtant par une politique sectorielle ambitieuse permis de construire suffisamment d’ilot, de radeau, de filets de sécurité pour apporter du réconfort et du soin aux esprits ayant pris les vents contraires.

Les évolutions sont possibles assurant innovation et prise en charge pour tous. Par nécessité, la crise de la COVID a accéléré comme jamais les pratiques de télémédecine. Toute tempête est une crise qui étymologiquement est un creuset d’innovation. Par obligation des collaborations nouvelles se sont nouées mobilisant les ressources et compétences des équipes.

Au loin quelques lueurs d’espoir déchirent parfois le ciel sombre. Un vaccin et son illusion probablement déçue d’un retour au « comme avant ». Tant mieux, tient un relent d’optimisme, surement une larme frelatée.

L’apprentissage de nouveau modes de communication, de nouveau modes de jeux, de soins, ou d’enseignements, distanciels comme on dit a diversifié nos liens, nos attaches.

Probablement que l’on pourra espérer un effet frère d’arme fédérateur, « Souvient toi John : 2020 les masques en tissus et les casaques en papiers, les corps enfermés. »

Ciel mes nouveaux amis ! Mais oui, pour qui a accès à internet il est possible de surfer vers de belles liaisons, de jolies rencontres, de baigner dans les océans de connaissances (j’ai dû trop forcer sur les larmes moi).

Mais revenons sur Terre, mon Vagalam c’est surtout cette intuition lestée du pessimisme du quotidien que les tourments de la COVID ont monté le niveau de stress mondial tellement haut que la décrue n’est pas prête de s’amorcer dans les services de psy. Je pense à ceux touchés directement par la maladie, par le décès d’un proche, mais aussi et surtout aux les victimes collatérales, les noyés socio-économiques, les enfants insuffisamment rassurés ou protégés dans des foyers ballotés par les vents, ou secoué.e.s par les poings. Ceux-là auront souvent subis des peines injustes sans même pouvoir se raccrocher à l’idée que leur sacrifice a permis de sauver Mamie ou oncle Bernard.

Le temps des traces psychologiques est un temps long. Les liens bienveillant et l’entraide sont obligatoires à construire et à vivre ensemble si on veut sauver le plus grand monde d’entre nous de la noyade. Le vaccin psychique est probablement plus facile à distiller à partir de nos larmes.

VALAGAM ARN psy

(Amitié Réconfort Nouveauté)

Le potisha, le Doc et les virgules.

Perdre son souffle, repartir à la charge, crouler sous les virus, être écrasé par les sollicitations des familles, les demandes des patients alourdies pas l’angoisse, par les tweets injurieux gavés de gourous en quête de pouvoir, s’occuper de soi et des siens, sentir le temps d’un printemps trop vite passé sans qu’un point ne permette réellement de s’arrêter !

Et pourtant c’est bien de ça dont il s’agit : être capable de se poser, pour digérer l’épreuve que nous traversons. Redéfinir un sens commun, l’ordre de nos priorités.

Enchaîner les soins est un carcan qui risque s’essouffler, de broyer ceux qui souhaitent au delà de leur force écoper une vague de virus avec trois masques et un potisha. Il faut reprendre des forces, dans les figolus, dans les belles rencontres chaleureuses et virtuelles des réseaux.

La virgule donne de l’air dans les phrases et permet d’aller plus loin. Elle sépare les idées et évite les chevauchements. Seul le point permet de passer à un nouveau paragraphe. Celui de notre avenir commun.

Un air de guitare ou la pause d’un dessin permettent de trouver le second souffle. Ces respirations doivent être préservées si ont veux éviter la lame de fond qui guette les soignants après la tempête.

Chanter la dépression plutôt que de la subir

Confinement et TCA.

Réflexions à 3 voix :

  • Nathalie DECOO. Association AB ensemble
  • Nicolas SAHUC. Diététicien
  • Bruno ROCHER. Psychiatre

Il y a peu, on nous a tous conviés au confinement, une invitation à rester chez soi et ne plus sortir que pour l’indispensable. 

S’inviter chez soi, se confi(n)er à soi. C’est plus doux que l’injonction… autant mettre un peu de douceur dans ce changement assez soudain de nos vies.

Que l’on souffre ou non de troubles des conduites alimentaires, la situation actuelle nous échappe et peut générer des peurs, des difficultés, mais pourquoi pas des découvertes ?

Notre vie est bouleversée, parfois menacée lorsqu’on tombe malade et les émotions ressenties peuvent-être exacerbées face au confinement.

Rester chez soi, ne pas en avoir le choix, nous ôte notre structure quotidienne, notre routine rassurante. Métro-boulot-dodo, autant on n’a pu s’en plaindre parfois, autant, on y retournerait bien au plus vite. S’adapter du jour au lendemain, c’est compliqué pour tous, cela demande un minimum de temps.

Tout ce qui vous semble difficile, voire insurmontable aujourd’hui relève d’une situation temporaire, il y aura une fin. Mais en attendant, la perte des repères, la réduction de notre espace vital au cadre de notre lieu de vie demande quelques ajustements.

S’aider soi, lorsqu’on est dans une situation inconfortable, c’est tout d’abord accepter la situation au mieux avec ses aléas, mais c’est aussi se respecter, s’écouter (un peu plus), et se montrer créatif, ouvert aux propositions, tester sans tout rejeter, bref expérimenter son cadre de vie sous un autre angle.

Et puis, nous sommes très nombreux à vivre la même situation et c’est aussi une ressource, vous n’êtes pas seul, on est tous dans le même panier, au même moment et pour un temps encore indéterminé… Epaulons-nous les uns les autres au mieux.

Être confiné, c’est rencontrer une part de soi que nous ne connaissons pas ou peu et qui parfois dérange. Tout d’un coup, nous nous sentons comme étranger chez nous. Habituellement la plupart d’entre nous ne passe que peu de temps à son domicile, on rentre, on sort, mais rarement nous restons si longtemps avec nous-mêmes. Nous allons devoir apprivoiser, apprendre à vivre en dehors des sentiers battus des habitudes, de la cadence quotidienne, de la vie sociale et familiale. Il n’y a pas d’échappatoire. Notre vie se déroule désormais du matin au soir entre nos murs. Alors apprenons déjà dans un premier temps être bien avec nous-mêmes.

Se créer une structure journalière rassurante qui nous invite à rester en contact avec le moment présent. Hier n’est plus possible, demain est un autre jour…  Ce ne sont pas des pensées révolutionnaires, mais s’occuper de soi, de nous, ici et maintenant est plus que jamais indispensable pour chacun. 

Lorsqu’on souffre de troubles des conduites alimentaires, le confinement vient aussi rythmer avec la perte des repères du quotidien et/ou du soin, la perte de contrôle, des envies de grignoter ou au contraire se restreindre, la peur de prendre du poids, le besoin de bouger. Il nous confronte aussi soit à notre environnement familial non-stop, soit à une trop grande solitude, et comme pour tous, l’impuissance face à l’actualité.

D’ailleurs si cette actualité engendre des émotions comme de la peur, de la tristesse, prends quelques distances avec celle-ci. Informe-toi une fois par jour, c’est suffisant dans ce contexte.

Ce temps de confinement va peut-être aussi te révéler des compétences, une créativité que tu n’imaginais pas.

Et pourquoi pas, faire le point sur où tu en es du soin ou de ton besoin de soin aujourd’hui ?

Être face à son assiette plusieurs fois par jour en famille ou seul va aussi demander quelques ajustements pour la personne en souffrance mais aussi pour ses proches. S’écouter les uns les autres, arriver à nouer un lien autour des repas va demander plus d’efforts à certains. Mais tu pourrais aussi être agréablement surpris… ces repas pris ensemble que tu redoutais tant pourraient aussi te montrer que tu as progressé et qu’ils te font moins peur à présent, voire même te rassurent.

Rappelle la structure habituellement admise d’un repas standard :

  • Un féculent 🍚 et un pain 🥖
  • Une viande 🍖 poisson 🐟 ou œuf 🍳
  • Un légume 🍅 🥦
  • Un fruit 🥝🍎, un produit laitier 🥛
  • Un peu de matière grasse 🌻
  • Bien boire 💧

Seul ou en famille, les repas sont indispensables pour notre bonne santé bien sûr, mais ils rythment aussi la journée, marquent les différents temps dont tu vas l’agrémenter.

Veille à prendre tes repas dans une zone de ton logement réservé à cet usage, si possible près d’une fenêtre afin de bénéficier de la lumière extérieure.

On ne va pas te demander de sortir de ta zone de confort durant cette période, mais de faire ton possible pour te préserver au mieux et maintenir tes acquis.

Essaye de garder la structuration des repas comme elle a été établie avec tes soignants avant le confinement.• Pour certains, il s’agira donc de repas pris toutes les 4 heures maximum.• Pour d’autres, plus avancés dans le traitement, les prises alimentaires peuvent se faire au rythme du corps, après validation avec la personne qui effectue le suivi régulier.

Egaye la table, les repas, les assiettes autant que possible, rends chacun de ces moments unique et convivial. 

Si tu éprouves trop de difficultés, des lignes d’écoute, souvent tes soignants actuels ou passés, sont à ta disposition.

Reste en lien avec ton entourage et/ou reprends des nouvelles de personnes un peu perdues de vue, via les réseaux sociaux, mais pas que… Nous sommes souvent collés à nos écrans. Pourquoi ne pas remettre à l’honneur l’écriture manuscrite et déposer une lettre dans la boîte d’un(e) ami(e), d’un voisin ou d’un proche n’habitant pas trop loin de chez toi ? … Cela te fera une sortie à proximité et l’occasion de te dégourdir les jambes. Si tu as des enfants, eux aussi peuvent exprimer leur créativité dans une lettre, des dessins, des rébus à échanger… Si tu as l’écriture facile ou l’envie d’écrire tout simplement, pourquoi ne pas partager avec d’autres personnes un petit journal de bord de ton confinement ?

Si tu as tendance à te renfermer et que cette solitude t’est délétère, force-toi à entrer en lien avec une ou plusieurs personnes. S’obliger est contraignant, mais on découvre ensuite que le lien nous permet de nous sentir mieux.

Tu peux aussi initier un lien avec une personne qui a tendance à s’isoler. 

Parler, rire, te permet de sortir de ton cocon et d’agrémenter tes journées.

Si tu manques de lien avec l’autre, d’occupations, tu risques de verser vers les obsessions alimentaires et corporelles, ressentir un vide que tu auras besoin de remplir. Structurer ta journée est d’autant plus important. Prendre soin de toi au mieux, et à nouveau te forcer un peu à suivre les conseils pour ne pas sentir tes pensées tourner en rond dans ta tête et te déstabiliser.

Quelques réflexions pour gérer au mieux la survenue des obsessions :

• Il est normal qu’elles soient plus présentes, plus fortes dans le contexte actuel qui peut amener du vide et la perte des repères, c’est temporaire, ne l’oublie pas.

• Afin d’éviter de te laisser envahir, diverses activités peuvent te permettre de détourner ton attention de l’obsession : prendre un bain et prendre soin de ton corps, mettre une musique à fond, faire une activité avec l’autre (jeu de société par exemple), ou si tu es seul, revenir au présent en utilisant des techniques comme : citer trois objets qui t’entourent, donner une caractéristique de chaque objet (taille, couleur, texture) et recommencer si besoin jusqu’à ressentir plus de calme.

• Si la peur de prendre du poids t’envahit par le peu d’activité physique possible durant cette période, tu peux t’aménager deux ou trois plages sur la semaine pour faire un peu d’exercice à domicile, sans exagérer, en poursuivant l’objectif de te sentir bien de ta peau et relâcher les tensions.

• Si l’appel de ta balance se fait trop sentir, discute avec un référent, proche ou professionnel et mets des balises rassurantes.

• Essaye au mieux de maintenir les efforts aux repas et si la souffrance du repas devient persistante ou s’intensifie trop, là aussi, prends contact avec un référent. Que ce soit ton soignant habituel ou un interlocuteur disponible via les lignes d’écoute.

Confinement ne rime pas avec aucun accompagnement, il est modifié, mais toujours présent.

Tu n’es pas seul, les soignants, les associations mettent tout en œuvre pour assurer une écoute, te donner des conseils et te rassurer… et n’oublie pas, c’est temporaire.

Commentaire sur l’article de Célia HODENT février 2020

Ethics in the Videogame Industry: A Mythbusting and Scientific Approach

J’espère que ce format billet/article permettra à chacun d’exposer plus explicitement ses points de vue que sur le format restreint et presque nécessairement polémique de Twitter. L’intérêt étant bien de pouvoir partager et d’échanger des perceptions et connaissances au service d’un usage ludique et apaisé y compris passionné des jeux vidéo.

Commençons par l’introduction. J’ai pris le parti de faire quelques screenshots de l’article princeps en surlignant les notions commentées.

Vert : je suis d’accord pour dire que le temps scientifique est long et que les « preuves » mettront encore des années à se construire. Cependant on peut pas nier qu’il existe de la littérature scientifique qui aille dans le sens du modèle addictif et qui mette en garde contre les utilisations excessives de jeux vidéo. Obtenir un consensus sur un sujet aussi complexe est nouveau et bien évidemment mission impossible. Il ne s’agit pas de retourner cet argument.

Jaune : je suis bien d’accord sur le risque de crispation du débat qui amènerait notamment l’industrie à ne pas aborder sereinement ses responsabilités. Ils ne sont bien sûr pas les seuls. Je pense notamment aux soignants (addictologues) qui peuvent se crisper à force d’entendre nier des évidences au moins pour une frange de patients de 20 à 30 ans particulièrement enfermés dans ces conduites et sans comorbidité explicative autre évidente.

Rouge : on se retrouve très largement sur cette nécessité de maintenir ouvert un dialogue pour progresser tous ensemble.

Jaune : Il y a effectivement une dramatisation autour de la notion d’addiction. celle-ci est rattaché à l’image du toxicomane, à des peurs de déchéance et de rejet de la société particulièrement tenaces. Je pense que les addicts sont plus stigmatisés que les jeux vidéo dans l’expression « addiction aux jeu vidéo ». C’est à mon sens l’une des difficultés principales pour reconnaître ce nouveau diagnostic.

Le fait que cela concerne les enfants majore nettement ces inquiétudes. Il me semble qu’on doit surtout se préoccuper d’améliorer la prise en charge globale des addictions.

Vert : Les positionnement politiques et sociétaux par rapport à ces inquiétudes grandissantes sont effectivement extrêmement importants Ce qui se passe en Chine n’est pas ce qui se passe en Europe et aux États-Unis. À nous de construire des échanges apaisés, argumenté pour aider les politiques à positionner au mieux les curseur.

Rouge : ici toutes les descriptions « précises » de l’addiction reposent sur un modèle d’addiction aux produits dont la tolérance semble le facteur principal de reconnaissance. Or comme le rappelle Serge AHMED cela fait bien longtemps que ce n’est plus le modèle dominant et que la tolérance n’est même pas obligatoire pour décrire un phénomène additif y compris dans des utilisations de produits.

Je pense que c’est une méconnaissance de cette définition élargie du modèle addictif est un problème. Dans le même temps, c’est vrai que l’on note un mouvement sociétal disant qu’on peut être addict à tout, que cela deviendrait presque une pathologie à la mode. Cet équilibre de reconnaissance de la pathologique et du normal est effectivement difficile mais ne doit pas être évacué en niant ces problématiques.

Le gambling a été important car C’est première entité nosographique reconnue comme une addiction comportementale dans les classifications internationales. Si les classifications sont très importantes symboliquement et en terme de politique de santé publique, au niveau clinique il faut relativiser la portée, et chaque soignant reste (encore) libre d’aborder comme il le souhaite en fonction de tes compétences et intérêts le patient qu’il rencontre.

À mon sens les addictions sexuelles, achats pathologiques et crises alimentaires auraient toute leur place dans la catégorie des addictions.

Rouge : il faut bien distinguer l’absence de consensus entre les praticiens reconnaissant l’existence du pronostic de jeu vidéo en soi (effectivement il y a quelques divergences de critères mais les avis globaux sont convergent), à l’opposition de certains qui nient existence d’un phénomène en reportant tout soit sur une pathologie individuelle soit sur un trouble familial, sans vouloir intégré l’objet jeu. Alors que ce sont souvent les mêmes qui insistent sur la particulière puissance de cet objet, et sur la nécessité d’éduquer son apprentissage.

C’est une manière de voir respectable mais qui fonctionnellement dans mon expérience clinique tient plus difficilement la route.

Vert : c’est bien la manière d’accueillir effectivement les patients présentant des difficultés à réguler des comportements qui est en jeu. Dans une consultation d’addictologie on entend trop souvent des patients présentant des phénomènes addictif peu reconnu (malheureusement c’est aussi vrai pour l’alcool…) dont les jeux, les achats, le sex, le sport qui rencontrent des professionnels de santé leur disant « Yaka arrêter, vous reviendrez vous plus tard quand vous aurez arrêté » ou à une maman d’un jeune gamer excessif « C’est pas grave madame, c’est du jeu toutes façons j’ai entendu que l’addiction au jeu vidéo n’existait pas… »

Rouge : j’adore cette publication de Przybylski, qui globalement est un fervent partisan de la lutte contre l’addiction auX jeux vidéo, qui tranquillement dis que 1 % ce n’est pas beaucoup lorsqu’on voit le nombre de joueurs exposés. Le chiffre de 1 %, je le trouve personnellement dramatique.

Finalement il publie exactement les mêmes chiffres que les autres (Y compris plutôt partisan de la notion d’addiction aux JV mais avec une interprétation une banalisation toutes différentes.

Vert : le fait que ce soit un phénomène de coping et selon moi c’est évident notamment pour réguler les humeurs dysphoriques ou des angoisses multiples. Il me semble qu’il est communément reconnu que c’est un mode d’entrée dans une utilisation qui se confirme addictive à la suite. Je ne vois pas en quoi cela éloigne du phénomène addictif.

Cela renvoie par contre à l’âge d’exposition et de traitement. Malheureusement les dépendants aux substances sont rencontrés souvent des années voire des dizaines d’années après leur exposition première. A ce moment, on note autonomisation et chronicisation du phénomène addictif avec accumulation de conséquences négatives dramatiques.

Pour le jeu vidéo on a potentiellement la possibilité d’intervenir plus tôt car dans une exposition se faisant souvent dans le milieu familial et à la grande adolescence.

Je confirme que la surexposition médiatique de ce phénomène est clairement un problème. Cependant elle est aussi à la mesure de l’envahissement rapide de notre quotidien par la notion d’écran et le numérique dont on en était probablement pas suffisamment préparé.

Les clivages médiatique induits par cette exposition renforcent des positionnements peu facilitant pour le débat serein ce qui est bien sûr dommage.

Je suis de ceux qui pensent que ce renforcement contre-productif de position parfois caricatural est aussi dû à un refus et de l’industrie et de certains soignants de reconnaître la problématique.

Je dois arrêter ce commentaire pour ce matin. Je pourrais reprendre les parties qui me concerne moins directement.

J’espère que cette base de discussion pourra continuer à s’amplifier. À très bientôt.

10 000 tweets éphémères

@MaitreEtTalon

Malgré l’extension que je m’offre pour mon 10 000ème tweet, je serai bref.

Mon Twitter est composite, nouveau matériau condensant pro, rire, savoir, rencontres, bras de chemise et potichats.

Je le nettoie autant que possible des polémiques stériles, des violences et des vulgaires trolls, ça le fragiliserait. D’autres arènes sont là-bas pour ça.

Comme Nemo, je pense que les réseaux sociaux sont un maillage sous la surface du « monde réel » où les distances, les pouvoirs, les connections se font dans une autre dimension. Un monde merveilleux de connexions secrètes, de passages sucrés, de faux lawer, de vrais coups de cœur.

Au royaume des chats, les bons esprits de tous poils se rencontrent, échanges leurs griffes, leurs gamelles et leurs sourires.

Qui aime, suit… moi je continue.