Le potisha, le Doc et les virgules.

Perdre son souffle, repartir à la charge, crouler sous les virus, être écrasé par les sollicitations des familles, les demandes des patients alourdies pas l’angoisse, par les tweets injurieux gavés de gourous en quête de pouvoir, s’occuper de soi et des siens, sentir le temps d’un printemps trop vite passé sans qu’un point ne permette réellement de s’arrêter !

Et pourtant c’est bien de ça dont il s’agit : être capable de se poser, pour digérer l’épreuve que nous traversons. Redéfinir un sens commun, l’ordre de nos priorités.

Enchaîner les soins est un carcan qui risque s’essouffler, de broyer ceux qui souhaitent au delà de leur force écoper une vague de virus avec trois masques et un potisha. Il faut reprendre des forces, dans les figolus, dans les belles rencontres chaleureuses et virtuelles des réseaux.

La virgule donne de l’air dans les phrases et permet d’aller plus loin. Elle sépare les idées et évite les chevauchements. Seul le point permet de passer à un nouveau paragraphe. Celui de notre avenir commun.

Un air de guitare ou la pause d’un dessin permettent de trouver le second souffle. Ces respirations doivent être préservées si ont veux éviter la lame de fond qui guette les soignants après la tempête.

Chanter la dépression plutôt que de la subir

Confinement et TCA.

Réflexions à 3 voix :

  • Nathalie DECOO. Association AB ensemble
  • Nicolas SAHUC. Diététicien
  • Bruno ROCHER. Psychiatre

Il y a peu, on nous a tous conviés au confinement, une invitation à rester chez soi et ne plus sortir que pour l’indispensable. 

S’inviter chez soi, se confi(n)er à soi. C’est plus doux que l’injonction… autant mettre un peu de douceur dans ce changement assez soudain de nos vies.

Que l’on souffre ou non de troubles des conduites alimentaires, la situation actuelle nous échappe et peut générer des peurs, des difficultés, mais pourquoi pas des découvertes ?

Notre vie est bouleversée, parfois menacée lorsqu’on tombe malade et les émotions ressenties peuvent-être exacerbées face au confinement.

Rester chez soi, ne pas en avoir le choix, nous ôte notre structure quotidienne, notre routine rassurante. Métro-boulot-dodo, autant on n’a pu s’en plaindre parfois, autant, on y retournerait bien au plus vite. S’adapter du jour au lendemain, c’est compliqué pour tous, cela demande un minimum de temps.

Tout ce qui vous semble difficile, voire insurmontable aujourd’hui relève d’une situation temporaire, il y aura une fin. Mais en attendant, la perte des repères, la réduction de notre espace vital au cadre de notre lieu de vie demande quelques ajustements.

S’aider soi, lorsqu’on est dans une situation inconfortable, c’est tout d’abord accepter la situation au mieux avec ses aléas, mais c’est aussi se respecter, s’écouter (un peu plus), et se montrer créatif, ouvert aux propositions, tester sans tout rejeter, bref expérimenter son cadre de vie sous un autre angle.

Et puis, nous sommes très nombreux à vivre la même situation et c’est aussi une ressource, vous n’êtes pas seul, on est tous dans le même panier, au même moment et pour un temps encore indéterminé… Epaulons-nous les uns les autres au mieux.

Être confiné, c’est rencontrer une part de soi que nous ne connaissons pas ou peu et qui parfois dérange. Tout d’un coup, nous nous sentons comme étranger chez nous. Habituellement la plupart d’entre nous ne passe que peu de temps à son domicile, on rentre, on sort, mais rarement nous restons si longtemps avec nous-mêmes. Nous allons devoir apprivoiser, apprendre à vivre en dehors des sentiers battus des habitudes, de la cadence quotidienne, de la vie sociale et familiale. Il n’y a pas d’échappatoire. Notre vie se déroule désormais du matin au soir entre nos murs. Alors apprenons déjà dans un premier temps être bien avec nous-mêmes.

Se créer une structure journalière rassurante qui nous invite à rester en contact avec le moment présent. Hier n’est plus possible, demain est un autre jour…  Ce ne sont pas des pensées révolutionnaires, mais s’occuper de soi, de nous, ici et maintenant est plus que jamais indispensable pour chacun. 

Lorsqu’on souffre de troubles des conduites alimentaires, le confinement vient aussi rythmer avec la perte des repères du quotidien et/ou du soin, la perte de contrôle, des envies de grignoter ou au contraire se restreindre, la peur de prendre du poids, le besoin de bouger. Il nous confronte aussi soit à notre environnement familial non-stop, soit à une trop grande solitude, et comme pour tous, l’impuissance face à l’actualité.

D’ailleurs si cette actualité engendre des émotions comme de la peur, de la tristesse, prends quelques distances avec celle-ci. Informe-toi une fois par jour, c’est suffisant dans ce contexte.

Ce temps de confinement va peut-être aussi te révéler des compétences, une créativité que tu n’imaginais pas.

Et pourquoi pas, faire le point sur où tu en es du soin ou de ton besoin de soin aujourd’hui ?

Être face à son assiette plusieurs fois par jour en famille ou seul va aussi demander quelques ajustements pour la personne en souffrance mais aussi pour ses proches. S’écouter les uns les autres, arriver à nouer un lien autour des repas va demander plus d’efforts à certains. Mais tu pourrais aussi être agréablement surpris… ces repas pris ensemble que tu redoutais tant pourraient aussi te montrer que tu as progressé et qu’ils te font moins peur à présent, voire même te rassurent.

Rappelle la structure habituellement admise d’un repas standard :

  • Un féculent 🍚 et un pain 🥖
  • Une viande 🍖 poisson 🐟 ou œuf 🍳
  • Un légume 🍅 🥦
  • Un fruit 🥝🍎, un produit laitier 🥛
  • Un peu de matière grasse 🌻
  • Bien boire 💧

Seul ou en famille, les repas sont indispensables pour notre bonne santé bien sûr, mais ils rythment aussi la journée, marquent les différents temps dont tu vas l’agrémenter.

Veille à prendre tes repas dans une zone de ton logement réservé à cet usage, si possible près d’une fenêtre afin de bénéficier de la lumière extérieure.

On ne va pas te demander de sortir de ta zone de confort durant cette période, mais de faire ton possible pour te préserver au mieux et maintenir tes acquis.

Essaye de garder la structuration des repas comme elle a été établie avec tes soignants avant le confinement.• Pour certains, il s’agira donc de repas pris toutes les 4 heures maximum.• Pour d’autres, plus avancés dans le traitement, les prises alimentaires peuvent se faire au rythme du corps, après validation avec la personne qui effectue le suivi régulier.

Egaye la table, les repas, les assiettes autant que possible, rends chacun de ces moments unique et convivial. 

Si tu éprouves trop de difficultés, des lignes d’écoute, souvent tes soignants actuels ou passés, sont à ta disposition.

Reste en lien avec ton entourage et/ou reprends des nouvelles de personnes un peu perdues de vue, via les réseaux sociaux, mais pas que… Nous sommes souvent collés à nos écrans. Pourquoi ne pas remettre à l’honneur l’écriture manuscrite et déposer une lettre dans la boîte d’un(e) ami(e), d’un voisin ou d’un proche n’habitant pas trop loin de chez toi ? … Cela te fera une sortie à proximité et l’occasion de te dégourdir les jambes. Si tu as des enfants, eux aussi peuvent exprimer leur créativité dans une lettre, des dessins, des rébus à échanger… Si tu as l’écriture facile ou l’envie d’écrire tout simplement, pourquoi ne pas partager avec d’autres personnes un petit journal de bord de ton confinement ?

Si tu as tendance à te renfermer et que cette solitude t’est délétère, force-toi à entrer en lien avec une ou plusieurs personnes. S’obliger est contraignant, mais on découvre ensuite que le lien nous permet de nous sentir mieux.

Tu peux aussi initier un lien avec une personne qui a tendance à s’isoler. 

Parler, rire, te permet de sortir de ton cocon et d’agrémenter tes journées.

Si tu manques de lien avec l’autre, d’occupations, tu risques de verser vers les obsessions alimentaires et corporelles, ressentir un vide que tu auras besoin de remplir. Structurer ta journée est d’autant plus important. Prendre soin de toi au mieux, et à nouveau te forcer un peu à suivre les conseils pour ne pas sentir tes pensées tourner en rond dans ta tête et te déstabiliser.

Quelques réflexions pour gérer au mieux la survenue des obsessions :

• Il est normal qu’elles soient plus présentes, plus fortes dans le contexte actuel qui peut amener du vide et la perte des repères, c’est temporaire, ne l’oublie pas.

• Afin d’éviter de te laisser envahir, diverses activités peuvent te permettre de détourner ton attention de l’obsession : prendre un bain et prendre soin de ton corps, mettre une musique à fond, faire une activité avec l’autre (jeu de société par exemple), ou si tu es seul, revenir au présent en utilisant des techniques comme : citer trois objets qui t’entourent, donner une caractéristique de chaque objet (taille, couleur, texture) et recommencer si besoin jusqu’à ressentir plus de calme.

• Si la peur de prendre du poids t’envahit par le peu d’activité physique possible durant cette période, tu peux t’aménager deux ou trois plages sur la semaine pour faire un peu d’exercice à domicile, sans exagérer, en poursuivant l’objectif de te sentir bien de ta peau et relâcher les tensions.

• Si l’appel de ta balance se fait trop sentir, discute avec un référent, proche ou professionnel et mets des balises rassurantes.

• Essaye au mieux de maintenir les efforts aux repas et si la souffrance du repas devient persistante ou s’intensifie trop, là aussi, prends contact avec un référent. Que ce soit ton soignant habituel ou un interlocuteur disponible via les lignes d’écoute.

Confinement ne rime pas avec aucun accompagnement, il est modifié, mais toujours présent.

Tu n’es pas seul, les soignants, les associations mettent tout en œuvre pour assurer une écoute, te donner des conseils et te rassurer… et n’oublie pas, c’est temporaire.

Commentaire sur l’article de Célia HODENT février 2020

Ethics in the Videogame Industry: A Mythbusting and Scientific Approach

J’espère que ce format billet/article permettra à chacun d’exposer plus explicitement ses points de vue que sur le format restreint et presque nécessairement polémique de Twitter. L’intérêt étant bien de pouvoir partager et d’échanger des perceptions et connaissances au service d’un usage ludique et apaisé y compris passionné des jeux vidéo.

Commençons par l’introduction. J’ai pris le parti de faire quelques screenshots de l’article princeps en surlignant les notions commentées.

Vert : je suis d’accord pour dire que le temps scientifique est long et que les « preuves » mettront encore des années à se construire. Cependant on peut pas nier qu’il existe de la littérature scientifique qui aille dans le sens du modèle addictif et qui mette en garde contre les utilisations excessives de jeux vidéo. Obtenir un consensus sur un sujet aussi complexe est nouveau et bien évidemment mission impossible. Il ne s’agit pas de retourner cet argument.

Jaune : je suis bien d’accord sur le risque de crispation du débat qui amènerait notamment l’industrie à ne pas aborder sereinement ses responsabilités. Ils ne sont bien sûr pas les seuls. Je pense notamment aux soignants (addictologues) qui peuvent se crisper à force d’entendre nier des évidences au moins pour une frange de patients de 20 à 30 ans particulièrement enfermés dans ces conduites et sans comorbidité explicative autre évidente.

Rouge : on se retrouve très largement sur cette nécessité de maintenir ouvert un dialogue pour progresser tous ensemble.

Jaune : Il y a effectivement une dramatisation autour de la notion d’addiction. celle-ci est rattaché à l’image du toxicomane, à des peurs de déchéance et de rejet de la société particulièrement tenaces. Je pense que les addicts sont plus stigmatisés que les jeux vidéo dans l’expression « addiction aux jeu vidéo ». C’est à mon sens l’une des difficultés principales pour reconnaître ce nouveau diagnostic.

Le fait que cela concerne les enfants majore nettement ces inquiétudes. Il me semble qu’on doit surtout se préoccuper d’améliorer la prise en charge globale des addictions.

Vert : Les positionnement politiques et sociétaux par rapport à ces inquiétudes grandissantes sont effectivement extrêmement importants Ce qui se passe en Chine n’est pas ce qui se passe en Europe et aux États-Unis. À nous de construire des échanges apaisés, argumenté pour aider les politiques à positionner au mieux les curseur.

Rouge : ici toutes les descriptions « précises » de l’addiction reposent sur un modèle d’addiction aux produits dont la tolérance semble le facteur principal de reconnaissance. Or comme le rappelle Serge AHMED cela fait bien longtemps que ce n’est plus le modèle dominant et que la tolérance n’est même pas obligatoire pour décrire un phénomène additif y compris dans des utilisations de produits.

Je pense que c’est une méconnaissance de cette définition élargie du modèle addictif est un problème. Dans le même temps, c’est vrai que l’on note un mouvement sociétal disant qu’on peut être addict à tout, que cela deviendrait presque une pathologie à la mode. Cet équilibre de reconnaissance de la pathologique et du normal est effectivement difficile mais ne doit pas être évacué en niant ces problématiques.

Le gambling a été important car C’est première entité nosographique reconnue comme une addiction comportementale dans les classifications internationales. Si les classifications sont très importantes symboliquement et en terme de politique de santé publique, au niveau clinique il faut relativiser la portée, et chaque soignant reste (encore) libre d’aborder comme il le souhaite en fonction de tes compétences et intérêts le patient qu’il rencontre.

À mon sens les addictions sexuelles, achats pathologiques et crises alimentaires auraient toute leur place dans la catégorie des addictions.

Rouge : il faut bien distinguer l’absence de consensus entre les praticiens reconnaissant l’existence du pronostic de jeu vidéo en soi (effectivement il y a quelques divergences de critères mais les avis globaux sont convergent), à l’opposition de certains qui nient existence d’un phénomène en reportant tout soit sur une pathologie individuelle soit sur un trouble familial, sans vouloir intégré l’objet jeu. Alors que ce sont souvent les mêmes qui insistent sur la particulière puissance de cet objet, et sur la nécessité d’éduquer son apprentissage.

C’est une manière de voir respectable mais qui fonctionnellement dans mon expérience clinique tient plus difficilement la route.

Vert : c’est bien la manière d’accueillir effectivement les patients présentant des difficultés à réguler des comportements qui est en jeu. Dans une consultation d’addictologie on entend trop souvent des patients présentant des phénomènes addictif peu reconnu (malheureusement c’est aussi vrai pour l’alcool…) dont les jeux, les achats, le sex, le sport qui rencontrent des professionnels de santé leur disant « Yaka arrêter, vous reviendrez vous plus tard quand vous aurez arrêté » ou à une maman d’un jeune gamer excessif « C’est pas grave madame, c’est du jeu toutes façons j’ai entendu que l’addiction au jeu vidéo n’existait pas… »

Rouge : j’adore cette publication de Przybylski, qui globalement est un fervent partisan de la lutte contre l’addiction auX jeux vidéo, qui tranquillement dis que 1 % ce n’est pas beaucoup lorsqu’on voit le nombre de joueurs exposés. Le chiffre de 1 %, je le trouve personnellement dramatique.

Finalement il publie exactement les mêmes chiffres que les autres (Y compris plutôt partisan de la notion d’addiction aux JV mais avec une interprétation une banalisation toutes différentes.

Vert : le fait que ce soit un phénomène de coping et selon moi c’est évident notamment pour réguler les humeurs dysphoriques ou des angoisses multiples. Il me semble qu’il est communément reconnu que c’est un mode d’entrée dans une utilisation qui se confirme addictive à la suite. Je ne vois pas en quoi cela éloigne du phénomène addictif.

Cela renvoie par contre à l’âge d’exposition et de traitement. Malheureusement les dépendants aux substances sont rencontrés souvent des années voire des dizaines d’années après leur exposition première. A ce moment, on note autonomisation et chronicisation du phénomène addictif avec accumulation de conséquences négatives dramatiques.

Pour le jeu vidéo on a potentiellement la possibilité d’intervenir plus tôt car dans une exposition se faisant souvent dans le milieu familial et à la grande adolescence.

Je confirme que la surexposition médiatique de ce phénomène est clairement un problème. Cependant elle est aussi à la mesure de l’envahissement rapide de notre quotidien par la notion d’écran et le numérique dont on en était probablement pas suffisamment préparé.

Les clivages médiatique induits par cette exposition renforcent des positionnements peu facilitant pour le débat serein ce qui est bien sûr dommage.

Je suis de ceux qui pensent que ce renforcement contre-productif de position parfois caricatural est aussi dû à un refus et de l’industrie et de certains soignants de reconnaître la problématique.

Je dois arrêter ce commentaire pour ce matin. Je pourrais reprendre les parties qui me concerne moins directement.

J’espère que cette base de discussion pourra continuer à s’amplifier. À très bientôt.

10 000 tweets éphémères

@MaitreEtTalon

Malgré l’extension que je m’offre pour mon 10 000ème tweet, je serai bref.

Mon Twitter est composite, nouveau matériau condensant pro, rire, savoir, rencontres, bras de chemise et potichats.

Je le nettoie autant que possible des polémiques stériles, des violences et des vulgaires trolls, ça le fragiliserait. D’autres arènes sont là-bas pour ça.

Comme Nemo, je pense que les réseaux sociaux sont un maillage sous la surface du « monde réel » où les distances, les pouvoirs, les connections se font dans une autre dimension. Un monde merveilleux de connexions secrètes, de passages sucrés, de faux lawer, de vrais coups de cœur.

Au royaume des chats, les bons esprits de tous poils se rencontrent, échanges leurs griffes, leurs gamelles et leurs sourires.

Qui aime, suit… moi je continue.

Elle, Lui, Ensemble…

Litthérapie

J’ai envie de vous parler de Lui. Ou d’Elle.

Deux hommes contemplant la lune Caspar David Friedrich, 1774–1840

Ou peut-être de cet homme, perché sur l’assise de son déambulateur, errant comme un fantôme dans les couloirs de l’hôpital où il séjourne depuis plusieurs années. La barbe grisonnante ne reste jamais plus de trois jours, jurant avec les cheveux en bataille d’un noir de jais éparpillés sur son crâne. Le frottement annonciateur de ses « pas », se trainant depuis sur déambulateur utilisé comme un fauteuil roulant de fortune, alors qu’il est physiquement capable de marcher sans la moindre aide. Mais voilà, depuis les poses de prothèses bilatérales à ses genoux jadis arthrosiques, il ne pense qu’il ne pourra plus jamais marcher. On lui aurait mis du plomb, pas du titane, près de 20 kilos de chaque côté, pour le clouer au sol. Le monde entier en a sans cesse…

Voir l’article original 814 mots de plus

Panique sur les JV ?

Pas si sûr

À travers l’exemple d’une consultation récente, je souhaite apporter quelques contre arguments à la notion de panique morale que l’on voit fleurir auprès des contempteurs de l’addiction aux JV.

Je ne prétends certainement pas que la notion et le diagnostic soient parfaits, mais ils présentent à mon sens un intérêt clinique évident et un risque individuel minime ce que je souhaite développer.

A l’échelon sociétal, j’avoue être plus circonspect. Le flou sémantique autour de la notion d’addiction serait à clarifier : la « maladie chronique du cerveau » ne correspond effectivement pas à bien aux situations croisées. Pour autant, la « mode de d’addictilogie » n’est ni entretenue et encore moins créée par les addictologues. Cependant on peut interroger ses liens avec une société moderne peu propice à l’apaisement et au contrôle de soi.

J’ai donc rencontré il y a peu un jeune homme de 15 ans. Un conflit violent avec ses parents suite au blocage de l’ordinateur un week-end l’a amené à fuguer et à prendre des risques. Ce contexte a précipité une consultation qui était latente, aux urgences psychiatriques un mois avant notre rencontre. C’est ce passage qui l’oriente dans notre service au motif « d’addiction jeux vidéo ».

Une seule consultation a pour l’instant été réalisée, avec le jeune homme seul puis rapidement avec son père. Le projet comme à notre habitude est de réaliser un bilan sur trois consultations (en plus de l’évaluation recherche effectuée en amont du premier entretien) dont un entretien familial avant d’engager un soin au plus long cours si besoin.

Je n’entrerai bien évidemment pas dans les détails mais il ressort de cette consultation un usage de FPS envahissant depuis 2 ans notamment les temps week-end (semaine en internat) avec une revendication de carrière professionnelle dans le gaming contestée et invalidée par les parents comme tout ce qui touche aux jeux vidéo.

On est bien dans la situation que certains qualifient de panique morale voyant des parents s’inquiéter (à tort diront certains, pas moi) d’un jeu certes excessif, mais chez un jeune conservant un fonctionnement global tout à fait correct. Selon l’ancienne terminologie addictologique, on parlerait ici d’abus et non pas de dépendance pour définir le stade de cette addiction comportementale.

Ce qui me semble intéressant à partager pour ce billet, c’est que le jeune homme arrive dans une attitude de prestance et de déficience prêt à argumenter qu’il n’est pas addict. Finalement, rapidement dans nos échanges, il semble rapidement percevoir que mon but n’est pas de juger l’utilisation de son objet d’intérêt et de plaisir, mais d’évaluer ses difficultés et celles de sa famille tout en réfléchissant aux avantages et inconvénients de son utilisation de jeu.

Cette consultation aurait tout à fait pu se passer chez un autre professionnel averti. La position tierce spécialisée me semble avoir du sens pour soutenir la légitimité de l’avis rendu entre parents et enfant. Dans les situations addictives, les craintes, angoisses, ressentiments se cristallisent autours de la conduite limitant les échanges, élaborations et capacités d’évolution sans intervention externe.

Là, nous sommes passés d’une position de crise sous tendant la demande de soin (portée par les parents, relayée par les urgences) à l’ouverture d’une fenêtre d’écoute et d’échanges mutuels en s’éloignant des positions rigides et diabolisées (si twitter pouvait s’en inspirer…)

Souvent le niveau de gravité de recours dans notre service est plus sévère. Je pense qu’il est de notre responsabilité éducative et sanitaire d’organiser un système de soins selon un continuum d’actions et d’acteurs permettant de recueillir ces éléments d’inquiétudes familiales, plus que de panique, de manière adaptée. La diversité des niveaux d’intervention précoce devrait permettre de proposer une palette de prises en charge allant de l’aide à un environnement favorable, en passant par le dépistage et de l’intervention précoce, à la prise en charge dont les interventions addicologiques (voire hospitalières) pour les situations les plus complexes.

Est ce une panique morale due à la sur médiatisation de la notion d’addiction aux JV, qui conduit des parents à souhaiter une rencontrer un professionnel habitué de ces situations en cas d’inquiétude pour leur enfant ?

Je ne le crois pas. Je pense plutôt que c’est une occasion unique, un moment fécond pour repérer des difficultés qui pourront être réglées en leur évitant ainsi d’entraver le développement et l’épanouissement de l’individu et de sa famille.

Il me semblerait intéressant dans ces contextes de fracture numérique de proposer plus souvent aux parents des accompagnements pour se familiariser et s’éduquer aux outils numériques. Mais ne nous trompons pas, cela ne gommera totalement ni l’adolescence, ni les troubles sous-jacents, ni de réelles transactions addictives de nos jours souvent portées par les JV.

Happy new Dry 2020

Le défi de janvier
Buvez ! Éliminés…

Salut vinasse, adieu les mousses,

Amis blogueurs et followers Coucou !!

Ce billet désormais terminé s’est construit comme un de journal de bord. Chaque étape importante a été l’occasion de partager les ressentis, réflexions et anecdotes vendangées tout au long de ce janvier passé au sec.

Ceux qui l’ont lu en fractionné éviteront peut être la gueule pâteuse d’une écriture en bois massif.

Mais toi qui découvre ou toi qui y trouve un goût de reviens y, tu devras lire jusqu’à la lie, te coltiner les jeux de mot bouchonnés fleuris.

La chauffe

Déjà participant l’année passée, j’en suis donc à mon second millésime et c’était bien l’une de mes principales motivations. La dernière tentative avait été très riche d’enseignements personnels et professionnels, aussi retenter l’aventure avec une année de maturité de plus ne pouvait qu’en développer les saveurs.

D’autant que l’an passé j’avais bêtement chuté sur un anniversaire mal placé, une convenance sociale de belle famille, l’erreur du débutant quoi. Cette fois, j’ai décidé de changer d’anniversaire, ou de tactique.

Cette année je suis au taquet, chargé de notes fraîches, d’envies de bien faire, de saveurs de défi mûr et d’une arrière bouche de bons souvenirs.

J’ai bien les sensations d’une tête et d’un corps léger qui s’esquissent, mais cela demande confirmation, de remettre le corps à l’ouvrage. La dette du cœur n’entravera pas mes pas.

Histoire de se lancer, en décembre notamment il y a eu des préliminaires, le tour de chauffe. Je résume, l’annulation du soutien de Santé Publique France, visiblement sur intervention présidentielle histoire de bien montrer au pays que l’alcool n’est pas un problème suffisamment important pour que l’on en parle à grande échelle du haut de l’échelle. Le président dans ses prises de positions publiques nettement en faveur de la filière des alcools de toutes obédiences endosse à ce titre le rôle du pompier pyromane. Enfin on cherche encore la face pompier.

La tentative de coupe du message du « janvier sans alcool » par un « janvier sobre » donne un arrière goût frelaté de retours industriels.

Aussi cette cuvée de Dry est née sous les bonnes hospices d’un tissu addictologique associatif qui a su rapidement se mettre en ordre de marche pour lancer les festivités (réseaux sociaux, site internet, matériel de communication et d’information et interventions médiatiques)

Fin décembre

Une bonne année commence au sec

Premier aller retour avec les constatations cliniques qui normalement concernent les patients, qui quelques jours avant un changement de diète, une période de sobriété, on a la fâcheuse tendance à profiter un peu plus… Au passage ce phénomène est rencontré avant toutes phases de sevrage de manière trans addictive. Des consommations de produits en tout genres, à la restriction anorexique en passant par l’utilisation des jeux vidéo, il y a souvent un petit boost en mode écureuil pour bien charger ses réserves symptomatiques.

Le passage à la nouvelle année est donc l’occasion de subir les premiers quolibets gentiment sadiques et castrateurs des copains de réveillon. « Ah tu fais le dryja… le dyechari… charive surtout pas à le prononcer ton truc. Donc à minuit couic, tu arrêtes de boire ? »

On a dit ambiance défi sympa pour le dry, pas masochisme en mode coit interruptus, donc une soirée lancée se finit tranquillement, pas besoin de se frustrer pour être sain.

Mais pour vous si !! et pour la suite de la dégustation, il va falloir attendre un peu.

Grenouille de bénitier

NDLR : J’aime cette annonce qui marquait la fin de la première partie que je la laisse au montage.

Un premier de l’an résolument prometteur

Reprises des discussions, avec la nouvelle année vient le temps des bonnes résolutions. Paré du souvenir de soirées de premier de l’an scotché à l’écran du portable à souhaiter la bonne année à des amis plus ou moins lointains, plus ou moins virtuels par SMS ou sur Twitter, souvent au détriment des présents, je me suis déconnecté pour le passage à la nouvelle saison.

Ce qui par nomophobie latente ne devait durer que quelques heures, a germé au matin de janvier pour un #Twittoffchalenge2020 de 48h finalement converti en une semaine entière 😳. Impensable l’année passée. Quelques remarques :

– c’est souvent le starter le plus dur (d’où l’intérêt du DryJanuary).

– l’approche pluri-produits et/ou comportements a montré son intérêt et pas seulement à mon échelle.

– quand le cercle vertueux des retours positifs est engagé, c’est un vecteur puissant pour entretenir l’effort.

– prendre du recul avec une conduite est le meilleur moyen de disserner les automatismes néfastes des réels intérêts.

Et puis prendre un peu de distance avec un Twitter de plus en plus dépressogène, faut pas se priver.

Je laisse la barque filer jusqu’à la prochaine étape de ce billet.
NDLR : je laisse la barque, tranquille trace du temps qui passe.

Première sortie, début de soirée, des amis, des emmerdes

Ce qui devait arriver arriva vite. A j3 où j4 du challenge, des potes non dryer, mais non abstinents, nous invitent à une soirée (pour l’intérêt de l’intrigue, je confesse que ça a fini en karaoke 🎤)

Comme dirait @Aletcoline : Bingo !!

A la traditionnelle question « Qu’est-ce qu’on vous amène ? » ils répondent un non moins traditionnel « On a plat et dessert, amenez donc une bouteille » (ou deux…, pudeur amicale et secret médical me feront taire ce détail). Riche de notre expérience de l’année passée, on en profite pour caser qu’on fait le dry et donc que l’on amènera bouteilles avec et sans alcool.

Astuce #1 : Annoncer avant qu’on ne boit pas d’alcool sur une soirée ou un repas évite un bon nombre de traquenards.

Donc réflexions et quête de boissons pour la soirée m’emmène avec madame à la galerie marchande du coin. Madame fait quelques emplettes pendant que je me décide sur un bon Corbières (pensez y pour février 😉), un mousseux sans OH et un vin rouge sans éthanol non plus.

Le mousseux je me disais que ça pourrait aller, le rouge, c’est vraiment la curiosité qui m’a poussé au crime…

Madame, une fois n’est pas coutume faisant quelques boutiques de plus, et moi par souci écolo ou simple oubli, n’ayant pas de sac, je m’assois sur un des bancs disposés au centre du centre commercial (intimiste, Carrefour Beaulieu pour les connaisseurs).

Et là, la délectation, le régal et l’horreur finalement de voir le visage des gens changer lorsque leur regard apperçoit l’étiquette sans alcool. Ils remontent rapidement sur ma trogne pour compter les chicots en moins et évaluer la taille du rhinophyma, tout en esquissant un pas de côté et un regard suspicieux.

J’avoue avoir fait exprès de laisser les étiquettes apparentes, mais c’est une expérience qui met réellement mal à l’aise et ouvre grandes les portes de la stigmatisation. (Sujet de la SISM 2020)

Arrivés à la soirée, notre annonce de dryer fait comme prévu l’objet de discussions sympas montrant bien que fêtes et alcool sont aussi indissociables que Stone et Charden. « Vous auriez du commencer demain, quelle idée… » mais nos amis étant très chouettes, on passe une très bonne soirée SAUF autour du vin. Pas le Corbière qui semblait très bien, pas le mousseux qui a complété un Virgin Mojito correctement, mais le rouge sans alcool ! C’est une expérience à mon goût très décevante. Au niveau gustatif ce n’est clairement pas du côté du vin, encore moins du jus de raisin, mais une impression de moût coupé à l’eau qui me laisse penser que c’est aussi simple de laisser complètement le moût de côté.

Astuce #2 : si vous voulez remplacer un alcool par du sans alcool, prenez carrément autre chose, sinon c’est aussi con et décevant qu’une voiture sans pneus.

Arrivé le moment du karaoke. Eh bien on a complètement oublié qu’on était pas bourrés…

Post scriptum 1 : à la bise de départ, on apprend que l’on a fait une convertie. 👍 +1

Post scriptum 2 : si vous laissez un commentaire ou un RT, je révèle la playlist du karaoke 🎤 🤣.

Post scriptum 3 : la liste est dans mon fil Twitter aux alentours du 4-5 janvier. Celui qui trouve gagne un kilo de sucre.

J10 : Mama Mia – le resto italien

Ce soir resto en famille pour fêter nos anniversaires avec mon père.

Pizza et pasta perfecta, une petite remarque familiale au passage « Tu ne bois pas, c’est dommage…», de parents à leur fils addicto, quand même! Je ne m’étend pas je leur ai filé l’adresse du blog.

Cela a surtout été l’occasion de prendre un apéro à base de limonade qui n’avait rien à envier aux Spritz des tables environnantes.

Pour les nantais, un peu de pub au passage car les pizzas sont vraiment tops et la partie table d’hôtes / épicerie / dégustation fait très envie.

La pizza à l’eau quand elle est bonne c’est mieux que allo pizza.

Puisque l’on a ouvert l’encart publicitaire, mention spéciale pour la Table à Papa (ex Saucisse Volante sur la route de Montbert, connu pour sa saucisse et feu son CHS). Petit voyage dans le passé car c’était ma surprise en famille nucléaire comme on dit pour le soir de mon anniversaire.

Non seulement la cuisine était impeccable, mais quand on a commandé un apéritif sans alcool, le patron a rapidement et gentiment compris et n’a pas insisté pour les vins. Simple, tranquille comme on l’aimerait à toutes les occasions.

Idem pour une soirée de départ au bar Brocéliande, avec un joli panel de jus de fruits artisanaux et locaux qui permet de découvrir d’autres horizons que le caca zéro.

Le plat de résistance

L’heure du moment difficile a sonné, le cap de mi-parcours de janvier arrive, la soirée des Entonnoirs est là. A l’heure où j’écris ces lignes je peux déjà vous annoncer, que je ne me réveille pas avec la gueule de bois, mais avec la satisfaction d’avoir franchi une étape difficile : la soirée festive traditionnellement bien arrosée.

St Jacques qui n’a probablement pas toujours mis que de l’eau dans sa coquille

Petite digression pour satisfaire votre curiosité légitime. Si vous savez tous ce qu’est un entonnoir, peu d’entre vous doivent savoir qu’il s’agit sur Nantes de la traditionnelle soirée d’accueil des nouveaux internes de psy qui perdure au moins depuis 20 ans. Les nouveaux présentent un spectacle, s’introduisent ainsi aux plus anciens et se trouvent dans la joyeuse contrainte de devoir se rencontrer pour la préparation alors qu’ils arrivent des 4 coins de l’hexagone comme dirait l’autre intermittent des buveurs d’eau.

Une vraie institution et passation transgénerationnelle de valeurs propres à la psychiatrie nantaise. Il y quelques années, le thème qui nous avait été proposé : delirium tremens. Résultat : 3 addictologues sur une promo de 5… (ah les symboles)

Si l’ambiance n’est clairement pas celle des beuveries des soirées d’internat malheureusement réputées, ce n’est pas non plus du côté du jeun ascétique, aussi il a fallu se préparer. Et là, on découvre la force des réseaux sociaux, du soutien que l’on reçoit, de l’engagement de réussite que l’on y dépose et qui nous tient.

Merci Al&coline pour tout le travail effectué

Et au cours de la soirée, finalement rien de bien nouveau. Des échanges avec des arrivants, des histoires de vieux qu’on aime à se rappeler tous les ans, des twittos qui savent, et qui viennent plus ou moins discrètement vérifier votre abstinence en mettant le nez dans votre verre, des non twittos aussi, qui se sont renseignés sur le dry car ça fait un mois qu’ils subissent votre signature automatique de mail avec un magnifique bandeau bleu azur siglé #DryJanuary.

Si, une découverte et prise de conscience. Je connaissais la sensibilité aux relents de tabac froid de l’ex fumeur qui a l’impression de croiser un cendrier dès qu’il discute avec un gus qui vient d’en griller une. Eh bien pour l’alcool c’est pareil, version fond de bouteille. Du goulot au culot il n’y a qu’un pas qu’il vaut mieux ne pas franchir d’une traite.

Rester au sec sur la longueur

On arrive maintenant à la dernière ligne droite de l’épreuve de janvier : tenir sur la longueur et ne pas relâcher son effort. La aussi un point commun bien connu du sevrage tabagique.

Le plat de résistance

Tous allait bien aux 2/3 du DJ quand je reçois un texto de Madame qui partage avec moi, émois ma vie et ce mois sans alcool.

Je ne vous fais ni screen shoot ni dessin. En substance on était sur “Journée de merde, envie d’une bière+++”.

Oui comme tout le monde, hors mois de janvier on a dans notre arsenal la bière de sortie de travail pour étancher les angoisses, éteindre les soifs et rompre avec les préoccupations laborieuses.

Cela m’a motivé à rentrer plus tôt 18:45 (l’horodateur du SMS faisant foi), avant d’essayer d’éponger l’excédant de mail qui déborde de ma boîte de réception d’ambassadeur.

Arrivé à la maison, une amie prêteuse d’enfant de sortie d’école était déjà là, bientôt rejointe par une autre. Et plutôt que d’ouvrir au moins pour trois d’entre nous les traditionnelles canettes, je me lance dans un mocktail improvisé :

LE POMPIER DE SERVICE

  • 2/3 schweppes
  • 1/3 litchis
  • Grenadine et citron 🍋 pour la déco (Il revient souvent celui-là. Il va falloir que j’en parle à mon coiffeur).
Les fleurs étaient là avant et n’ont pas servi à apaiser l’angoisse.
Qui a vu la bouteille d’eau symbolique gagne un second kilo de sucre.

Résultat des courses et de l’avis général : le cocktail était très bon, nous avons causé DryJanuary et laisser tranquillement retomber la tension du boulot et au moins pour la soirée, on a fait deux converties.

Dernière semaine

Les étapes les plus dures sont probablement derrière moi, les différents pièges ont été franchis. La bouteille spontanément apportée par les copains du dimanche été gérée de main de maître : explication, humour et doggy bag.

Eh bien pourtant, le syndrome de la ligne d’arrivée n’est pas bien loin. Il est l’heure d’avouer que nous avons prévu une soirée de rupture du dry avec les copains du karaoke.

Malheureusement je n’irais pas aux festivités parisiennes rue de la cannette, mais j’aurais adoré partager cette IRL après tout ce temps passé ensemble sur le Twitter de janvier #DryJanuary

Il n’est pas question de se mettre la tête à l’envers, mais cette perspective colore différemment depuis quelques jours les bières restées au repos dans le bas du frigo. Je ne dirais pas qu’elles me font de l’œil du haut de leur goulot mais presque. La vue de leur silhouette allume plus facilement salivation et papilles qui frétillent. Cette douce envie des gorgées à venir rappelle le parfum des premières fois.

  • Mais je tiendrai cette année le défi de janvier.
  • La lampée de cette bière qui se fait désirer,
  • Attendra d’être bue, la victoire savoureuse,
  • Quand éclateront le succès et les bulles rieuses.
Dans DryJanuary, y’a quand même dry. (NDLR : Photo non contractuelle)

Avant de retomber dans les consommations habituelles (pardon, moins fréquentes, ni rituelles) petit détours sur la forme physique (d’où la photo non contractuelle je le rappelle mais quand même là pour rappeler qu’en cette fin de janvier je me sens plutôt en forme).

Pour le poids, c’est mieux. Au dernier et seul pointage de la semaine passée j’avais provisoirement égaré 1,4 kg. J’attends la fin de janvier pour publier le compte exact.

[Ultime pointage du dernier jour de janvier : – 1,8 kg soit 2,1% de masse corporelle ce qui est pas mal, mon IMC descend presque sous les 25… ]

J’ai surtout l’impression d’avoir dégonflé du ventre et la sensation de pesanteur, de rigidité digestive a bien diminué dès la première semaine.

Le sommeil est quasi parfait. Par honnêteté, il était déjà très bien en décembre. D’ailleurs étonnamment, ce dimanche midi, j’ai quand même eu tendance à piquer du nez après le repas. Je m’étais souvent dit que c’était majoré par la bouteille de rouge qui accompagnait le rôti du dimanche, ou par la dette de sommeil. Il faut me rendre à l’évidence, ça semble bien dû à une vague de somnolence circadienne post prandiale bien ancrée et majoré par conditionnement sur le dimanche midi.

[blog en mode CRH, c’est chiant]

Sur les pertes de poids retracées par de nombreux dryer, quelques réflexions et propositions d’explication.

Déjà manquent toutes les « calories vides » qui étaient dans l’alcool ingurgité. Ensuite j’ai remarqué une tendance à boire plus d’eau. Probablement par une idée de purification inhérente à l’arrêt d’une drogue dure.

Rien de nouveau sous le soleil, mais il faut appeler un chat Oasis… ceux qui savent…. savent et suivent.

Cette idée va bien avec l’envie, la pulsion, le plaisir de se remettre au sport, de réinvestir l’idée, le plaisir d’un corps sain, de lui faire du bien, de se prendre des bains, de passer de la crème. C’est l’un des principaux bienfaits du DryJanuary.

Si l’absence d’alcool n’a pas provoqué une surcompensation alimentaire, ces trois éléments combinés sont probablement en grande partie responsables de la perte de poids.

Ah si, un quatrième. En janvier on ne boit pas et on ne fume pas, mais qu’est ce qu’on joue.

Manquait sexe, ébats et rock’n’roll

La dernière gorgée de blog

Ce mois sans alcool se clôture sur un succès pour moi, pour mon foie et mon tour de ventre. Ça n’a pas été simple, mais c’est sans commune mesure avec ce que des personnes plus engagées dans un alcool qui apaise, qui égaye, qui cache, qui stimule, qui abime vivent.

Si j’ai pu rester à sec sur l’ensemble du mois, à la différence de l’an passé, c’est clairement grâce à ce blog, à Twitter, à la parole, aux regards, aux échanges qui entretiennent les engagements vis à vis de soi, des autres, du passé et des temps futurs.

Je souhaitais vous remercier pour cette belle dynamique de buveurs d’eau, d’un mois ou plus. Le degré de notre convivialité a nettement dépassé celui des spirituels qui protègent bien plus leur marché qu’une soi-disant liberté de s’astiquer la santé.

Cela a déjà été écrit mais l’enjeu du #DryJanuary n’est clairement pas le rejet de l’alcool, mais la prise de conscience de la place de l’alcool qui imprègne profondément notre société. La lutte contre la banalisation de consommations toxiques doit se faire collectivement, sociétalement

Malgré une couverture médiatique intéressante, nous avons pu noter que de nombreux publics passaient à côté de cet événement et de son intérêt. C’est en ce sens que nous ne pouvons qu’espérer que la campagne de l’année prochaine sera officiellement relayée par les acteurs institutionnels. C’est un enjeu majeur de prévention, de déstigmatisation des conduites addictives.

Sortir collectivement la tête du lot

Pour conclure mon plus long billet, je serai bref.

SANTÉ

à vous tous et pour toute l’année.

Les boutons de panurges ?

Trouver dans les réseaux sociaux une raison sociale.

Les bêles rencontres des espèces numériques. (#Ironème)

La meute des loups hurle fort actuellement sur la toile. Mais qui sont ces loups ? Sont ils aussi indépendants qu’ils le prétendent ? N’endossent ils pas un costume produit en grande série, mis à disposition du querelleur numérique, toujours apte à critiquer sans avoir à proposer ? Quand les chiens aboient et que la caravane tarde, il peut être tentant de prendre la tangente pour ne pas fertiliser ce spectacle stérile.

Ne pas affronter directement les rageux enragées, comme évoqué précédemment est une bonne option pour alléger sa Time Line.

D’où vient cette flambée de haine et de rancœur, cette brûlure de dégoût des affronts de Twitter.

Anonymat. Caché derrière des pseudos, des identités d’emprunt, certain twittos pensent avoir trouvé le totem d’immunité. D’autres s’identifient à leur néo-identité qu’ils ont créé se sentant pousser des ailes de justicier.

Je suis pour le maintien de l’anonymat sur les RS, mais les actions prônant le renforcement du civisme et des bonnes manières en ligne doivent s’intensifier.

N@dine

Le like ⭐️ Plusieurs articles, médias décrivent très bien les 50 nuances du like. Condenser en un bouton, un symbole unique tant de fonctions et tant d’interprétations risque les erreurs d’interprétations et surtout court-circuite le jeu de question réponse plus lent, plus élaboratif aidant au vivre ensemble. Et je ne parle même pas de la politesse souvent reléguée sur les RS à l’artifice le plus secondaire.

Par un geste unique on peut apposer son empreinte, un cœur du bout du doigt, à un commentaire lapidaire déjà écrit sur un inconnu dont on ne partage pas les idées. Je ne dis pas que c’est mal, mais réfléchissons aux larmes de destruction massive que nous avons entre les mains quand cette facilité du clic rencontre le harcèlement et le lynchage numérique en place publique.

La critique mais aussi l’approbation et le soutien peuvent sur les outils numériques s’appuyer sur d’autres canaux que le texte, Celui-ci peut être augmenté, agrémenté de liens, de sons, d’images non seulement anonymes, mais aussi instantanées du quotidien, en mouvement, ce qui ajoute largement à la capacité d’intensifier les messages, les émotions partagées.

Rapidité de l’embrasement. La force des réseaux sociaux, c’est leur portabilité et leur instantanéité. Très bien, mais quand le tweet perce, il fait parfois passer le bébé par le trou et l’eau du bain se reprend sur les pompes de l’imprudent. Autrement dit, si on ne prend pas garde à la qualité des informations que l’on porte, si on est pas crédible dans le “c’était pour rire”, on peut rapidement se retrouver sous un torrent de matières fécales. (Shitstorm, c’est plus court, mais moins joli)

Audience. “Quel plaisir de dépasser une centaine, un millier d’abonnés !” Non, cette phrase ne devrait pas se finir pas ce point d’exclamation mais pas celui-ci :

En effet quel est l’interêt d’accumuler les followers ? Bien sûr, je suis psychiatre, théoriquement je perçois les gratifications narcissiques palliatives, mais derrière se cache un cœur d’homme, lui aussi perfusé de récompenses. Il s’accélère lorsqu‘un gros conte le tague, lorsqu’un tweet fait mouche.

En effet, quel intérêt d’être suivi si le but est seulement que l’abonné nous regarde les fesses. S’il ne nous tape pas sur l’épaule, si on ne sait pas ce qu’il en pense, si on ne partage pas plus ou moins consciemment, numériquement quelques mots ou l’envie de le rencontrer, il n’y a probablement que l’intérêt d’un chiffre, d’une note, rarement au delà de la virgule.

Et puis suivre plus de 1000 comptes qui publient c’est du taf. Heureusement que les algorithmes travaillent pour nous.

Prendre ses distances son autonomie de pensées peut être rendu plus difficile par les bulles des réseaux sociaux. Si elles ne sont pas spéculatives, elles peuvent par le truchement des algorithmes nous confronter à des miroirs, visibles dans tous les plans, renvoyant des images rassurantes d’un monde reflétant nos pensées.

Un Bouton de panurge original : clique et bêle, soit belle et t’es toi ! Comment se lier sans suivre bêtement le troupeau.

Un positionnement, une image de marque aide à se faire repérer à éveiller l’attention et l’écoute. Sortant d’une manifestation où l’on s’est retrouvé isolés avec nos slogan et nos banderoles, seuls sur une passerelle au dessus de la Loire, je me suis bien demandé à quoi bon cela servait de crier si personne n’est là pour s’en faire l’écho.

Pour les nons initiés, ce n’est pas la prison de Nantes Lang dililang landi landi landilililang, mais son palais de justice.

C’est bien l’un des intérêts du RS, comme celui du pub (bien plus vrai outre Manche que pour son homologue français dont les discussions de comptoir ne servent souvent qu’à donner un prétexte pour ne pas commander une prochaine tournée avant d’avoir dégluti la dernière gorgée) que de permettre à différents milieux de se côtoyer. Prions pour que le Brexit, permette paradoxalement d’exporter le modèle d’ouverture et de libre échange que l’on trouve dans les pubs britanniques.

On l’aura compris les réseaux sociaux ressemblent à un solvant détonnant dans lequel un individu peut se fondre, mais ils peuvent aussi fondre la masse. Si l’on n’y prend pas garde, il risque de diluer les indivisibles. Ils sont dangereux et c’est aussi pour cela qu’on les aime, pour le meilleur et pour le pire.

Faire des retours au réel, IRL salvateurs permet de remettre du relief, de relier boutons et chemises et ce n’est pas si mal.

Mettre du relief dans les paillettes de sa vie. @MaitreEtTalons

La fille du citron

C’était l’été d’après la course en sac, celui on l’on pavane en chemise bleue, marque de réussite au concours et d’une carrière sanitaire débutante.

J’avais gagné la gastro pour mon stage aide soignant – infirmier. Bon tirage, pas la pire des destinations. Des équipes sympas, enseignantes et déjà des gestes techniques. Le pied du débutant. Les bocaux d’ascite se remplissaient au fur et à mesure que les abdomens dégonflaient. Malgré l’odeur bien particulière qui me replonge dans mes débuts médicaux à chaque fois que je vais en liaison au second étage de l’hôtel dieu, la bienveillance des équipes et les échanges entre professionnels rendaient l’ambiance respirable.

C’est au milieu de ce stage qu’est arrivé le motif de ce billet.

Nous avions dans le secteur, un monsieur d’environ 40-45 ans hospitalisé pour une cirrhose alcoolique qui présentait un ictère conjonctival du feu de dieu, pour les non-médicaux, je rajoute la photo. (Dans ma mémoire, la couleur jaune citron est encore plus marquée.

Dans cette situation, l’étiologie éthylique de la cirrhose était avérée. (J’ai appris à parler comme ça plus tard, pour de vrai à l’époque c’était plutôt « Putain, comme y sont jaunes ses yeux, ça a l’air trop grave, il n’a pas du mettre trop d’eau dès ses jaunes.)

Ce qui était avéré aussi c’est que je n’avais pas prévu que sur Le temps des visites de l’AM, sa fille, 16-17 ans, mignonne, vienne me voir, moi, dans ma tenue de Schtroumph à ce moment parfaitement ajusté à la petitesse de mon être.

« C’est pas trop grave ce qu’il a mon père ? »

Pour le coup je n’en savais rien, et maintenant encore, j’aurais du mal à rapporter le pronostic d’une cirrhose décompensée, mais ce dont je me rappelle parfaitement, c’est la détresse dans ses yeux, celle d’une jeune fille attachée à son père comme lui l’était à ses goulots. L’impression n’était pas celle d’un éthylisme violent, maltraitant pour femme et enfants mais plutôt celle de consommations accumulées pour passer une douleur interne mettant de côté la famille et quelques litres d’ascite.

Ce dont je me rappelle c’est que j’ai tenté de bredouiller quelques mots réconfortants, mais du haut de mes quelques années de plus qu’elle, je ne pesais pas bien lourd face au poids des émotions partagées.

Balayé par l’injustice de parcours vies qui ne partent pas toujours avec les mêmes chances, je me demandai pourquoi elle était venue me voir, moi. (Je l’ai peut compris ensuite et s’était l’objet initialement prévu de ce billet de blog, j’y reviendrais probablement plus tard).

Non ce billet (bousculant les priorités annoncées, le mettant les boutons et contournement du déni d’Ancenis) fait écho à une autre urgence : le renoncement au plus haut sommet de l’état à promulguer politique de prévention ambitieuse qui passe notamment par le Dry January.

Tous les moyens sont bons pour sensibiliser au fléau de l’alcool et à ses conséquences humaines. si besoin j’irais jusqu’à exposer ma collection de caleçons Coton Doux pour atteindre les 1000 les 10 000 si cela permet d’éviter qu’une jeune fille puisse garder son père aimant auprès d’elle sans avoir besoin de se confir dans l’alcool.

Ces images me restent gravées ma mémoire d’étudiant tel un zest dans le citron, pourtant bien moins profondément que cette jeune femme qui a probablement perdu son père bien trop tôt. La voir serrer son père dans ses bras pour en extraire l’amour encore possible, presse encore mon cœur qui 20 ans après n’est pas encore dry.