Confinement et TCA.

Réflexions à 3 voix :

  • Nathalie DECOO. Association AB ensemble
  • Nicolas SAHUC. Diététicien
  • Bruno ROCHER. Psychiatre

Il y a peu, on nous a tous conviés au confinement, une invitation à rester chez soi et ne plus sortir que pour l’indispensable. 

S’inviter chez soi, se confi(n)er à soi. C’est plus doux que l’injonction… autant mettre un peu de douceur dans ce changement assez soudain de nos vies.

Que l’on souffre ou non de troubles des conduites alimentaires, la situation actuelle nous échappe et peut générer des peurs, des difficultés, mais pourquoi pas des découvertes ?

Notre vie est bouleversée, parfois menacée lorsqu’on tombe malade et les émotions ressenties peuvent-être exacerbées face au confinement.

Rester chez soi, ne pas en avoir le choix, nous ôte notre structure quotidienne, notre routine rassurante. Métro-boulot-dodo, autant on n’a pu s’en plaindre parfois, autant, on y retournerait bien au plus vite. S’adapter du jour au lendemain, c’est compliqué pour tous, cela demande un minimum de temps.

Tout ce qui vous semble difficile, voire insurmontable aujourd’hui relève d’une situation temporaire, il y aura une fin. Mais en attendant, la perte des repères, la réduction de notre espace vital au cadre de notre lieu de vie demande quelques ajustements.

S’aider soi, lorsqu’on est dans une situation inconfortable, c’est tout d’abord accepter la situation au mieux avec ses aléas, mais c’est aussi se respecter, s’écouter (un peu plus), et se montrer créatif, ouvert aux propositions, tester sans tout rejeter, bref expérimenter son cadre de vie sous un autre angle.

Et puis, nous sommes très nombreux à vivre la même situation et c’est aussi une ressource, vous n’êtes pas seul, on est tous dans le même panier, au même moment et pour un temps encore indéterminé… Epaulons-nous les uns les autres au mieux.

Être confiné, c’est rencontrer une part de soi que nous ne connaissons pas ou peu et qui parfois dérange. Tout d’un coup, nous nous sentons comme étranger chez nous. Habituellement la plupart d’entre nous ne passe que peu de temps à son domicile, on rentre, on sort, mais rarement nous restons si longtemps avec nous-mêmes. Nous allons devoir apprivoiser, apprendre à vivre en dehors des sentiers battus des habitudes, de la cadence quotidienne, de la vie sociale et familiale. Il n’y a pas d’échappatoire. Notre vie se déroule désormais du matin au soir entre nos murs. Alors apprenons déjà dans un premier temps être bien avec nous-mêmes.

Se créer une structure journalière rassurante qui nous invite à rester en contact avec le moment présent. Hier n’est plus possible, demain est un autre jour…  Ce ne sont pas des pensées révolutionnaires, mais s’occuper de soi, de nous, ici et maintenant est plus que jamais indispensable pour chacun. 

Lorsqu’on souffre de troubles des conduites alimentaires, le confinement vient aussi rythmer avec la perte des repères du quotidien et/ou du soin, la perte de contrôle, des envies de grignoter ou au contraire se restreindre, la peur de prendre du poids, le besoin de bouger. Il nous confronte aussi soit à notre environnement familial non-stop, soit à une trop grande solitude, et comme pour tous, l’impuissance face à l’actualité.

D’ailleurs si cette actualité engendre des émotions comme de la peur, de la tristesse, prends quelques distances avec celle-ci. Informe-toi une fois par jour, c’est suffisant dans ce contexte.

Ce temps de confinement va peut-être aussi te révéler des compétences, une créativité que tu n’imaginais pas.

Et pourquoi pas, faire le point sur où tu en es du soin ou de ton besoin de soin aujourd’hui ?

Être face à son assiette plusieurs fois par jour en famille ou seul va aussi demander quelques ajustements pour la personne en souffrance mais aussi pour ses proches. S’écouter les uns les autres, arriver à nouer un lien autour des repas va demander plus d’efforts à certains. Mais tu pourrais aussi être agréablement surpris… ces repas pris ensemble que tu redoutais tant pourraient aussi te montrer que tu as progressé et qu’ils te font moins peur à présent, voire même te rassurent.

Rappelle la structure habituellement admise d’un repas standard :

  • Un féculent 🍚 et un pain 🥖
  • Une viande 🍖 poisson 🐟 ou œuf 🍳
  • Un légume 🍅 🥦
  • Un fruit 🥝🍎, un produit laitier 🥛
  • Un peu de matière grasse 🌻
  • Bien boire 💧

Seul ou en famille, les repas sont indispensables pour notre bonne santé bien sûr, mais ils rythment aussi la journée, marquent les différents temps dont tu vas l’agrémenter.

Veille à prendre tes repas dans une zone de ton logement réservé à cet usage, si possible près d’une fenêtre afin de bénéficier de la lumière extérieure.

On ne va pas te demander de sortir de ta zone de confort durant cette période, mais de faire ton possible pour te préserver au mieux et maintenir tes acquis.

Essaye de garder la structuration des repas comme elle a été établie avec tes soignants avant le confinement.• Pour certains, il s’agira donc de repas pris toutes les 4 heures maximum.• Pour d’autres, plus avancés dans le traitement, les prises alimentaires peuvent se faire au rythme du corps, après validation avec la personne qui effectue le suivi régulier.

Egaye la table, les repas, les assiettes autant que possible, rends chacun de ces moments unique et convivial. 

Si tu éprouves trop de difficultés, des lignes d’écoute, souvent tes soignants actuels ou passés, sont à ta disposition.

Reste en lien avec ton entourage et/ou reprends des nouvelles de personnes un peu perdues de vue, via les réseaux sociaux, mais pas que… Nous sommes souvent collés à nos écrans. Pourquoi ne pas remettre à l’honneur l’écriture manuscrite et déposer une lettre dans la boîte d’un(e) ami(e), d’un voisin ou d’un proche n’habitant pas trop loin de chez toi ? … Cela te fera une sortie à proximité et l’occasion de te dégourdir les jambes. Si tu as des enfants, eux aussi peuvent exprimer leur créativité dans une lettre, des dessins, des rébus à échanger… Si tu as l’écriture facile ou l’envie d’écrire tout simplement, pourquoi ne pas partager avec d’autres personnes un petit journal de bord de ton confinement ?

Si tu as tendance à te renfermer et que cette solitude t’est délétère, force-toi à entrer en lien avec une ou plusieurs personnes. S’obliger est contraignant, mais on découvre ensuite que le lien nous permet de nous sentir mieux.

Tu peux aussi initier un lien avec une personne qui a tendance à s’isoler. 

Parler, rire, te permet de sortir de ton cocon et d’agrémenter tes journées.

Si tu manques de lien avec l’autre, d’occupations, tu risques de verser vers les obsessions alimentaires et corporelles, ressentir un vide que tu auras besoin de remplir. Structurer ta journée est d’autant plus important. Prendre soin de toi au mieux, et à nouveau te forcer un peu à suivre les conseils pour ne pas sentir tes pensées tourner en rond dans ta tête et te déstabiliser.

Quelques réflexions pour gérer au mieux la survenue des obsessions :

• Il est normal qu’elles soient plus présentes, plus fortes dans le contexte actuel qui peut amener du vide et la perte des repères, c’est temporaire, ne l’oublie pas.

• Afin d’éviter de te laisser envahir, diverses activités peuvent te permettre de détourner ton attention de l’obsession : prendre un bain et prendre soin de ton corps, mettre une musique à fond, faire une activité avec l’autre (jeu de société par exemple), ou si tu es seul, revenir au présent en utilisant des techniques comme : citer trois objets qui t’entourent, donner une caractéristique de chaque objet (taille, couleur, texture) et recommencer si besoin jusqu’à ressentir plus de calme.

• Si la peur de prendre du poids t’envahit par le peu d’activité physique possible durant cette période, tu peux t’aménager deux ou trois plages sur la semaine pour faire un peu d’exercice à domicile, sans exagérer, en poursuivant l’objectif de te sentir bien de ta peau et relâcher les tensions.

• Si l’appel de ta balance se fait trop sentir, discute avec un référent, proche ou professionnel et mets des balises rassurantes.

• Essaye au mieux de maintenir les efforts aux repas et si la souffrance du repas devient persistante ou s’intensifie trop, là aussi, prends contact avec un référent. Que ce soit ton soignant habituel ou un interlocuteur disponible via les lignes d’écoute.

Confinement ne rime pas avec aucun accompagnement, il est modifié, mais toujours présent.

Tu n’es pas seul, les soignants, les associations mettent tout en œuvre pour assurer une écoute, te donner des conseils et te rassurer… et n’oublie pas, c’est temporaire.

Publié par Bruno Rocher

Psychiatre addictologue au CHU de Nantes

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