Le funambule

Septembre 2019

Le voyage en train, un lieu propice à l’écriture et à la réflexion. JLV.

Il est temps pour moi de raconter cette histoire. Elle va inaugurer des écrits spécialement conçus pour ce blog.

L’image du funambule fait intrinsèquement partie de mon travail, de ma pratique depuis 2008 dans le service d’Addictologie du CHU de Nantes . Tout d’abord parce que c’est le logo du service depuis un premier congrès consacré aux addictions comportementales au début des années 90. Un brainstorm d’équipe l’avait consacré évitant les ainsi seringues et autres verres mortifères. Cette mascotte orne les sites, lettres et PPT du service. Ensuite, lors des enseignements, cette image m’amène souvent à une petite digression pour évoquer patient addict, son trouble, son soin et son évolution.

Le trouble addictif se caractérise par les consommations répétés et dommageables de substances ou de comportements dont le patient a perdu le contrôle. On tombe rarement addict en une fois. Les chutes sont répétées et d’autant plus risquées qu’elles sont précoces, que personne n’est ou n’a été présent pour tenir la parade. Parfois on assiste impuissant à une glissade progressive notamment favorisée par des troubles associés.

Une fois tombé, le patient peut remonter mais le risque de rechute est grand, d’autant plus que le chemin escarpé a été emprunté souvent, creusant le sillon de glissades automatiques. Tel un vertige, l’addiction déstabilise le patient, l’attire dans le trou, lui faisant miroiter apaisement et capacité de contrôle retrouvée.

Sortir du gouffre, remonter sur la corde nécessite de l’aide. Pas uniquement celle du soin, mais aussi celle de la famille, des amis de tout un entourage social. Quand il existe ! Car souvent le trouble addictif a non seulement creusé un trou, mais a aussi fait table rase des relations de soutien.

Le soin doit permettre à l’individu de retisser le fil, de reprendre sa route mais les rechutes sont fréquentes. Aussi, en plus de fournir un balancier, ce contrepoids favorisant l’équilibre, évitant les « tout ou rien », les soignants réduisent les risques en tissant un filet amortissant les chutes et évitant de répandre l’ouvrage à zéro.

C’est au prix de ce travail patient, laborieux que les individus reprennent leur équilibre, d’abord précaire puis se passant progressivement de l’aide du balancier. L’idéal étant d’élargi la corde, de la remplacer par un chemin plus solide, plus large, protégeant au mieux notre funambule des risques de faux pas. Il sera guérit s’il peut décider, par lui même, d’aller où il veut.

Remerciements : @MaitreEtTalons pour cette illustration du funambule céleste.

Publié par Bruno Rocher

Psychiatre addictologue au CHU de Nantes

3 commentaires sur « Le funambule »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :